Lâcher prise

Un des avantages d’être atteinte du cancer (oui, vous avez bien lu le mot « avantage ») c’est qu’obligatoirement cet état nous apprend ou plutôt nous oblige à lâcher prise.

Lâcher prise, c’est renoncer à la maîtrise de son existence. Et le cancer vous apprend cela en quelques semaines.

En ce moment, si je n’avais pas été malade, je serais en pleine forêt canadienne en train de dévaler les kilomètres en motoneige ou en traîneaux à chiens. Il a fallu renoncer à des projets, des projets réfléchis depuis des mois, organisés. Il faut savoir faire le deuil de ces projets et se recentrer sur l’essentiel : ma vie au jour le jour.

J’ai l’habitude de maîtriser mon existence, je ne supporte pas que les choses me filent entre les doigts sans que je puisse les contrôler. Je crois que nous sommes nombreux dans ce cas là.

Quand la maladie arrive comme une avalanche dans votre vie, vous devez faire avec, vous n’avez pas le choix.

Soudain, votre vie n’est plus rythmée par vos décisions, mais votre existence est gérée par les rendez-vous médicaux, les résultats biologiques, les traitements et leurs conséquences. Il est très difficile et même impossible de prévoir plus loin que le bout de son nez. Le week-end prochain vous êtes libres pour la fiesta? Euh, je te dis cela la veille ok? ça dépendra de la date de ma chimio !!

Il faut apprendre à composer avec la situation et avancer au jour le jour.

Cependant, il ne faut pas non plus se laisser « bouffer » par ce crabe, car sinon on ne voit plus en vous que la malade, la cancéreuse. Non, je suis en traitement mais je suis restée la Sophie que vous connaissez : j’ai envie de sortir, j’ai envie de rire, j’ai envie de faire la fête, j’ai envie de partir en goguette (ça fait vintage ça ^^) mais je dois composer avec les traitements, je ne suis plus seule à décider de mon emploi du temps.

L’important est de prendre la situation telle qu’elle est, de faire avec et d’avancer.

Il faut se réapproprier ce corps qui nous a trahi, c’est accepter certaines limites que l’on n’aurais jamais voulu respecter avant, c’est prendre le temps d’écouter ce corps et respecter ses demandes.

Lâcher prise c’est aussi apprendre à faire confiance aux autres. Là, votre vie est dans les mains de l’équipe médicale, si vous n’avez pas confiance en ces professionnels, il vaut mieux en changer car vous allez être pris en charge complètement par cette équipe durant des mois. Ce ne sera pas à vous de décider du rythme des traitements, il faudra avoir confiance en leurs décisions qui peuvent être vitales pour vous.

Lâcher prise c’est aussi donner libre cours à ses émotions, à ses sentiments. C’est souvent la colère qui s’exprime après l’annonce de la maladie. Cette colère ne doit pas être refoulée ou empêchée. Si c’est la peur, le désespoir, il ne faut pas s’empêcher de pleurer. Vous ne pouvez plus être dans le contrôle de ses émotions, il faut les laisser s’exprimer, exploser que ce soit au début de la maladie ou peut-être après, bien plus tard.

En ce moment, je suis en train d’apprendre à prendre le temps de vivre doucement et à écouter mon corps. Je suis fatiguée? je me repose. Le genre de truc que je ne m’autorisais pas avant. Mon père disait bien : « On n’est jamais fatigué ! ». Et bien pourtant, je dois avouer que parfois je suis fatiguée, et c’est tout un apprentissage de me l’avouer !! 🙂

Voilà, cette période difficile de ma vie aura eu cette utilité : m’apprendre le lâcher prise.

Et vous, savez-vous lâcher prise? Acceptez-vous ne ne pas pouvoir tout contrôler dans votre vie?

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