Bonjour Bruno Gaccio !

Jusqu’au 31 décembre, Bruno Gaccio sera au Théâtre de la scène parisienne en compagnie de son ami de toujours Philippe Giangreco pour interpréter la pièce :

Les pâtes à l’ail.

Bruno Gaccio Les pâtes à l'ail

Bruno Gaccio, on ne le présente (presque) plus. Mais, allez , pour le plaisir en quelques mots :

Né il y a 60 ans à Saint Etienne, enfance classique consacrée à grandir, adolescence moyenne consacrée à gérer les poils qui poussent et à jouer au football. Découvre qu’il a horreur de se lever à une heure imposée et qu’il veut faire un métier qui lui permettrait de se lever quand… il n’a plus sommeil.
Il devient typographe : levé imposé, 6h30.
Il part garder des chèvres. Levé imposé : 4h du matin.

Début de vie totalement raté.


Puis il découvre le théâtre vers 20 ans ,écrit 4 pièces, joue et se lève enfin quand il veut.
Entre cette période bénie et ses 60 ans il rate successivement sa vie avec des levés imposés à 7h du matin pour écrire les Guignols de l’Info pendant 16 ans puis comme responsable de fiction sur Canal Plus pendant 8 ans. Il écrit aussi 10 livres la nuit.
C’est épuisé mais heureux qu’avec les Pates à l’Ail il renoue avec le bonheur infini du « levé quand on n’a plus sommeil“ et souhaite que ça dure.

Bruno Gaccio

J’ai eu la chance de pouvoir poser quelques questions à Bruno Gaccio. Il a accepté de me répondre avec une grande gentillesse.

 Bruno Gaccio Les pâtes à l'ail

Vous voici maintenant au théâtre, pour l’écriture et l’interprétation. Qu’est ce qui vous a attiré vers cette aventure ?


Un ami. Celui avec lequel je joue cette pièce. « On a tout fait ensemble, sauf jouer ». Je n’étais pas remonté sur scène depuis 27 ans, la dernière fois c’était en 1991, dans « Le Crépuscule des Lâches » de Martin Lamotte. J’ai eu peur 10 secondes et puis… on ne dit pas non à un ami. On en a même fait le sujet de la pièce.

Quel style de théâtre vous plait ? Comédie, drame, polar ?

La comédie dramatique. Un sujet grave que la légèreté du ton, c’est à dire une certaine élégance, rend saisissable, acceptable.

Les pâtes à l’ail : est-ce le début d’une nouvelle carrière ? Qu’avez-vous ressenti sur scène lors des premières représentations ?

Curieusement aucune peur juste avant, une grande concentration pendant la représentation, une intensité nouvelle pour moi que les rires du public décuplaient… puis aux saluts, les applaudissements, nourris, vraiment, j’ai craqué… Je ne pouvais pas retenir mes larmes. Avec Philippe, on s’est prit dans les bras. Pour ce qui est d’une nouvelle carrière… ni lui, ni moi n’allons commencer une carrière de jeune premier à 60 ans… Il n’y a pas d’autres enjeux que de se faire plaisir et surtout de faire plaisir aux gens qui nous ferons l’amitié de venir nous voir jouer.

Bruno Gaccio et Philippe Giangreco pour la pièce Les pâtes à l'ail

Les pâtes à l’ail c’est un rendez-vous entre deux amis de toujours. Pourquoi sont-ils amis depuis tant de temps, qu’est ce qui les relie ?

Un quartier et des origines. Nous sommes tous les deux ritals, nous sommes nés à deux mois d’intervalle dans le même HLM… c’est mon frère de lait. Nous avons tous les deux la même façon d’aborder la vie : en toutes choses l’ironie nous sauve du tragique.

Pour vous, personnellement, qu’est ce qui est important, essentiel dans une histoire d’amitié entre hommes ?

Comme dans l’amitié avec une femme. Accepter l’autre avec ses défauts qui nous feraient bondir chez des inconnus. Ëtre un bon ami c’est pas forcément être présent tout le temps, mais être toujours là.

Pourriez-vous avoir le même type de relation avec une femme, avec la même vérité et intensité?

Une fois évacuée l’idée de sexualité, c’est la même chose (il faut être franc, la première chose qu’un homme hétéro regarde chez une femme hétéro, c’est avant tout la possibilité qu’elle soit une partenaire sexuelle – ceux qui disent « les yeux »… Des hypocrites mieleux –  et ça occupe 2 secondes, pas plus, on sait tout de suite)

Vous et Philippe Giangreco êtes aussi amis de longue date dans la vraie vie, ce fut une envie soudaine de vous retrouver sur scène ensemble et sur ce sujet ? Comment a débuté le projet ?

Par une blague. « on monte sur scène, on fait des pâtes, on raconte des bêtises, on jour de la guitare et voilà »… Un peu court, faut bien avouer. Et puis nous sommes tous les trois, avec Jean Carol Larrivé, des auteurs, nous avons construit une histoire, que l’on pourrait vivre… à 60 ans, nous sommes plus denses, notre histoire est plus puissante. Mais comme notre ironie est plus forte que jamais, nous avons rendu un sujet délicat, ragardable et drôle.

Est-ce facile ou difficile de jouer avec pour partenaire son ami d’enfance ?

Pas du tout. Il n’y a pas de complicité à créer, elle est là, évidente, naturelle. Le reste c’est du travail et nous sommes quand même des professionnels, on bosse.

Lors de ce dîner entre Bruno et Philippe, l’un des deux annonce être atteint d’un cancer incurable. Chaque personne peut réagir de façon différente devant le cancer. Dans le film Deux jours à tuer, lorsqu’il découvre qu’il est atteint d’un cancer incurable, Jean envoie tout valser, sa femme, ses enfants, ses amies, son métier. En un week-end il va tout saboter pour retrouver l’essentiel. Dans les pâtes à l’ail, cela ne semble pas être le même choix.

Le choix est plus tragique. Vincent (que joue Philippe) aime la vie, sa femme, ses gosses, son boulot… Il trouve injuste que ça lui arrive parce qu’il a tout fait bien toute sa vie. Son choix, c’est de ne pas vivre la déchéance. C’est de mourir vivant. Je suis membre de l’ADMD (association pour le droit à mourir dans la dignité) et c’est la base de son choix. Pour Carlo (que je joue) c’est différent. Jusqu’où peut-on aller par amitié ? C’est toute la pièce.

La fin de vie est un sujet lourd mais d’actualité. Quelle est votre position personnelle par rapport au droit de choisir sa fin de vie ? La loi Leonetti est-elle assez claire, suffisante selon vous ?

Non, elle ne l’est pas. Elle prend en compte la souffrance bien sur, elle permet la sédition profonde mais ce sont les médecins qui choisissent… Or, c’est au malade de choisir. C’est un sujet auquel j’ai été confronté et il est très difficile, j’en conviens. Chaque cas est particulier. Ce qui est commun, c’est le choix que chacun devrait pouvoir faire en conscience de ne pas vivre sa déchéance et de choisir le moment où il part. Vous avez raison, c’est un sujet difficile. Je choisirais personnellement le moment. Le plus tard possible, il va sans dire.

Mon blog Tribulations d’une quinqua existe en destination des femmes quinquagénaires et plus. Et vous, en tant que sexagénaire (si j’ose le dire) comment vivez-vous cette partie de votre vie ? Est-elle remplie de projets ? Peut-on savoir lesquelles ?

Je vis ce qui arrive avec gourmandise. Vous savez, à part l’adolescence que j’ai vraiment détesté le reste de ma vie à été une chance renouvelée chaque jour, que je coûte chaque matin avec délice… J’ai aimé avoir 20 ans, j’ai adoré la trentaine parce qu’elle m’a fait père, à 40 j’étais comblé, la cinquantaine m’a enchanté, la soixantaine m’a fait grand père… mes projets c’est continuer, rester vivant… Que des gens viennent nous voir au théâtre est inouï, c’est un moment fort à chaque fois et il participe au bonheur que j’ai de vivre. C’est même sans doute ce qui permet de jouer une pièce qui parle de la mort. Une manière polie de lui dire de repasser plus tard, là, on n’a pas le temps, on s’amuse.

J’ai hâte de découvrir Les pâtes à l’ail dans quelques jours. La pièce se joue du 3 octobre au 31 décembre au Théâtre de la Scène parisienne.

Réservations : TSLP

Je remercie sincèrement Mara Villiers de m’avoir donné l’occasion de cet échange avec Bruno Gaccio, et Bruno Gaccio lui-même pour sa disponibilité et sa simplicité.

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